© Odysseas Chloridis
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Le poisson, le retour à la nature. Une nature morte ? Je parle de celle que l’homme a anéantie. La remettre sur pied, voilà le long travail à accomplir. La place que « l’artiste », l’humain, peut occuper dans ce processus de renouveau. La lutte contre la prédation est l’un de mes thèmes. Recycler et faire voyager mes objets à une époque qui n’est plus celle de la consommation et du jetable. Réécrire les mythologies autour de la vie. Les objets fabriqués et les êtres vivants. Il n’y a plus rien à inventer, mais tout mérite d’être repensé. Regarder le passé pour apprendre. Se mettre à la place de certaines choses pour comprendre. À partir de cette compréhension, l’inscrire quelque part, comme pour se dire à soi-même et à l’autre : j’ai fait le travail, je suis passé par là. Mes approches sont poétiques, anticapitalistes, anarchiques dans mon incapacité à suivre le système. Et si cet état d’incapacité était justement celui qu’il fallait suivre pour survivre. Celui qu’il fallait connaître pour comprendre. Se mettre nu dans un champ de poissons morts, dans le froid de la campagne islandaise, il n’y a rien de vraiment radical là-dedans. En faire une image pour garder la trace de ce passage : j’étais là. Et peut-être est-ce le début d’une collection de gestes. Peut-être est-ce le début d’une mythologie silencieuse dans les eaux tumultueuses de ce monde, et peut-être est-ce pour moi une façon d’affronter ce monde absurde. De refléter les migrations incompréhensibles de toute forme de vie. L’art est un monde dans le monde. L’art, c’est ne pas comprendre et pourtant être ému. Des sensibilités face à des choses difficiles. De l’eau qui ruisselle sur les rochers. Et celui qui creuse lentement mais sûrement.